DPE : le coefficient de l’électricité abaissé à 1,7, 300 000 logements sortent des passoires dès 2027

Un arrêté publié au Journal officiel le 26 août 2026 abaisse de 1,9 à 1,7 le coefficient de conversion de l’électricité en énergie primaire utilisé dans le diagnostic de performance énergétique (DPE). Signé le 19 août, ce texte entrera en vigueur le 1er janvier 2027. Il vise à accélérer l’électrification des logements et réduira mécaniquement le nombre de passoires thermiques, sans qu’un seul chantier soit engagé.

Un effet de bord réglementaire sur des centaines de milliers de logements

Selon la fiche d’impact jointe au projet d’arrêté, calculée sur le parc au 1er janvier 2025, ce nouveau réglage ferait sortir environ 300 000 résidences principales du statut de passoire, soit une baisse d’environ 10 % du nombre de logements classés F ou G : près de 200 000 quitteraient la classe F et 100 000 la classe G. Le taux de passoires dans le parc de résidences principales passerait d’un peu plus de 10 % à environ 9 %.

Dans le seul parc locatif privé, l’effet est chiffré à 125 000 logements, soit une réduction de 14 % du nombre de passoires. Ces 125 000 logements font partie des 300 000.

La mesure cible presque exclusivement les logements électriques : plus de 35 % des passoires chauffées à l’électricité changeraient d’étiquette, soit environ 250 000 logements, contre moins de 2 % des passoires chauffées au gaz, soit environ 20 000.

D’autres acteurs avancent des chiffres plus élevés : autour de 380 000 logements selon la start-up Krno et le syndicat des fabricants d’isolants FILMM, 350 000 à 400 000 pour le collectif Isolons la Terre Contre le CO2, jusqu’à 680 000 pour le réseau de collectivités AMORCE. Ces écarts tiennent aux méthodes et aux périmètres retenus par chacun. Le ministère, lui, n’a publié aucune méthode de calcul justifiant la valeur de 1,7.

Pourquoi ça compte : une note qui change, une facture qui ne bouge pas

Le DPE retient toujours la note la plus défavorable entre deux calculs : la consommation d’énergie primaire et les émissions de CO2. L’électricité française étant peu carbonée, c’est la note de consommation, directement pénalisée par ce coefficient, qui plombe l’étiquette des logements électriques.

Mécaniquement, chaque kilowattheure jusqu’ici compté 1,9 ne comptera plus que 1,7 à partir de janvier 2027. La consommation en énergie primaire retenue pour un logement électrique baisse ainsi d’environ 10,5 %, sans qu’un seul radiateur ne change. Le ministère l’écrit lui-même dans sa réponse à la consultation publique : la sortie de ces logements du statut de passoire se fera « sans modification physique réelle des bâtiments ni réduction immédiate de leurs consommations ». Autrement dit, la note s’améliore sur le papier, la facture ne baisse pas d’un centime.

Pour un propriétaire bailleur, l’enjeu reste très concret. Les logements classés G sont interdits à la location pour les nouveaux baux depuis le 1er janvier 2025, et les F le seront à partir de 2028. Un bien qui repasse de G à F, ou de F à E, redevient louable. Deux limites toutefois : le loyer d’un bail en cours ne peut pas être révisé au motif que le logement n’est plus une passoire, comme l’a rappelé le ministre du Logement dans une réponse publiée le 11 août 2026, et le calendrier des interdictions fait par ailleurs l’objet d’assouplissements en cours d’examen au Parlement.

Une trajectoire réglementaire ancienne, un arbitrage énergétique assumé

Le coefficient de conversion de l’électricité n’a cessé de baisser. Fixé historiquement à 2,58, il est passé à 2,3 lors de la réforme du DPE en 2021, puis à 1,9 au 1er janvier 2026, avant ce nouveau palier à 1,7. Le gaz et le fioul, eux, conservent un coefficient de 1.

Le texte est pris en application de l’article 31 de la directive européenne 2023/1791 sur l’efficacité énergétique, qui fixe une valeur de référence de 1,9 et autorise un facteur national différent sous réserve de justification. Il s’inscrit dans le plan d’électrification du gouvernement, qui vise selon la note de présentation de la consultation publique à « accélérer la sortie des énergies fossiles » et à « électrifier les usages » dans le bâtiment.

Les industriels de l’électrique soutiennent la mesure. La Fédération des industries électriques et numériques (Fieec) estime qu’un coefficient supérieur à 1 appliqué à la seule électricité dégrade « mécaniquement et artificiellement » le classement des logements électrifiés, tout en soulignant que 1,7 ne met pas encore l’électricité et les énergies fossiles à égalité. L’alliance IGNES réclame en parallèle une baisse de la fiscalité sur l’électricité.

La consultation publique, ouverte du 9 juillet au 6 août 2026, a toutefois été majoritairement hostile : sur 108 contributions uniques, 78 étaient défavorables et 29 favorables. Fabricants d’isolants, filière gaz, réseaux de chaleur et collectivités dénoncent un DPE devenu « variable d’ajustement » et une prime aux logements mal isolés. Le Conseil supérieur de l’énergie, qui a examiné le projet le 23 juillet, aurait émis un avis défavorable selon plusieurs contributeurs. Le gouvernement a maintenu la valeur de 1,7.

Et après : quelles démarches pour les propriétaires ?

Aucune démarche payante n’est nécessaire. À partir du 1er janvier 2027, il suffira de se rendre sur l’Observatoire DPE-Audit de l’Ademe muni du numéro de son diagnostic (en haut à droite du rapport) pour télécharger gratuitement une attestation portant la nouvelle étiquette, sans nouveau passage d’un diagnostiqueur. Le dispositif concerne tous les DPE réalisés depuis le 1er juillet 2021.

Cette attestation remplace l’étiquette initiale sans modifier les données d’entrée ni les recommandations de travaux, et pourra être utilisée lors de transactions immobilières et de mises en location. En son absence, le DPE d’origine reste valable jusqu’à sa date d’expiration.

Une attestation similaire sera disponible pour les audits énergétiques, mettant à jour la classe avant travaux et les projections après travaux de chaque scénario. C’est cette attestation d’audit qui pourra être jointe aux dossiers MaPrimeRénov’ déposés à compter du 1er janvier 2027.